Master Class avec Chantal Thomass

jeudi, octobre 22, 2015 0 1
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chantal thomass

Oui, le blog est un peu en stand by en ce moment. Et plus on laisse passer le temps, plus c’est dur de s’y remettre. Donc voilà, je prends mon courage à deux mains et je me lance!

Pour ceux qui ne sont pas au courant, j’ai le chance d’avoir intégré cette année le Master Métiers de la Mode et du Textile à Marseille (ce qui me rempli de joie!) et vendredi dernier nous avons eu le plaisir et le privilège de rencontrer Chantal Thomass. Venue pour inaugurer le cycle Master Class 2015/2016 de la Maison Méditerranéenne des Métiers de la Mode (MMMM), c’est dans l’architecture hors du commun de la Villa Méditerranée qu’elle a partagé avec nous son parcours et son expérience, et a pris le temps de répondre à nos questions.villa méditerranée marseille

De son propre aveux, Chantal Thomass a eu « une vie passionnante ». Elle débute sa carrière très jeune sachant depuis toujours qu’elle veut travailler dans la mode. Pourtant elle intègre d’abord une école de dessin, puisque dans les années 60 il n’existe qu’une seule école de mode : la Chambre syndicale de la couture.

À 17 ans, elle a un style des plus extravagants, et son but ultime est de se faire remarquer. Elle choisit elle-même ses tissus, dessine ses robes et les fait fabriquer par sa mère. On a du mal à le croire au regard du look très sobre et inlassablement noir qu’on lui connait. Explication : « Dans les années 80, les Japonais [Yamamoto, Comme des Garçons] ont débarqué à Paris avec un vestiaire très noir, et ils ont fait sensation. Et puis quand j’ai eu mes enfants, je n’ai plus eu le temps de m’habiller, c’est ainsi qu’on se crée une sorte d’uniforme ».

Mais à la fin des années 1960, la jeune femme et ses robes surprenantes ne tardent pas à se faire remarquer et c’est quand on lui dit un jour « Vous devriez les vendre! » que Chantal Thomass frappe à la porte de Dorothée Bis (la boutique la plus branchée de Paris) qui accepte de lui prendre quelques pièces. Puis direction Saint-Tropez, où ses robes sont achetées par l’une des personnalités les plus en vogue du moment : Brigitte Bardot. Ainsi nait Ter et Bantine, sa première entreprise. Grâce à la presse, tout va très vite et Chantal Thomass fait son premier défilé au bout d’un an. Mais le premier vraiment important pour sa carrière a lieu en 1971, salle Wagram, où ses modèles se mélangent à ceux de Dorothé Bis et de Kenzo (Jungle Jap à l’époque).

« J‘ai vécu dans une époque complètement différente ». Dans les années 70, tout peut aller très vite grâce à la presse qui reste maitre de ses publications, et ne dépend pas encore des gros annonceurs. Il n’existe pas d’école de mode comme il en existe à la pelle aujourd’hui. Et puis, c’était la grande époque des créateurs reconnus, chaque griffe avait un style bien particulier, on pouvait faire la différence entre une robe Mugler et une robe Rykiel en un clin d’oeil. « Aujourd’hui, les grandes marques se copient entre elles, cela me choque énormément ». L’époque des créateurs est terminée, les marques appartiennent à de gros groupes qui préfèrent avoir des créateurs que l’on ne connait pas et que l’on peut peut changer facilement, sans faire de vagues. « C’était à la fois plus simple, et plus compliqué ». Notre époque a aussi ses avantages : grâce à internet, aux réseaux sociaux, aux blogueuses on a la possibilité de montrer ce que l’on fait au monde entier. Chantal Thomass gère d’ailleurs elle-même son compte Instagram et elle se dit ravie de pouvoir communiquer avec ses clientes des quatre coins de la planète.

Mais revenons-en aux années 70. Au fil des collections, l’intérêt de la créatrice pour la dentelle et la soie lui fait utiliser la lingerie comme véritable accessoire de mode. Alors que le mouvement féministe a jeté les soutiens-gorges au feu, Chantal Thomass prend le contre-pied de la tendance et passe les dessous dessus. Elle est la première à introduire la lingerie dans ses défilés. Corsets, guêpières, nuisettes de jour, Chantal Thomass réconcilie la femme avec la sensualité et la séduction. Lorsqu’elle invente les bas fantaisie, elle crée un véritable raz de marrée. C’est aussi à cette époque qu’elle commence à utiliser son nom comme griffe, à l’instar de ses contemporains (Jean Paul Gaultier, Thierry Mugler…), et que sa si célèbre silhouette en ombre chinoise en devient le logo.chantal thomas logo défilé bas fantaisie lingerie

Tout roule jusqu’en 1985, mais Chantal Thomass a grand besoin de financement. Elle s’associe avec un groupe japonais qui devient l’actionnaire majoritaire de l’entreprise. C’est grâce à cette collaboration que la griffe débarque au Japon et se décline en de nombreuses licences. Mais en 1995, le groupe japonais traversant une crise, il décide de licencier la créatrice qui ne peut plus exploiter son nom. En signe de soutien, les Françaises boycottent la marque et les japonais finissent par fermer et revendre toutes les boutiques. Seule la lingerie trouvera repreneur, et en 1998 elle rachète sa marque en association avec le groupe Sara Lee (DIM). Enfin en 2011, Chantal Thomas rejoint le groupe Chantelle. « Oui, je suis une femme de volonté, mais je pense que tout le monde a ça en soi » nous dit-elle quand on lui parle de sa persévérance face aux épreuves qui ont marqué sa carrière.

Bien qu’elle ait dû abandonner le prêt-à-porter, Chantal Thomass est curieuse de tout, ce qui explique ses nombreuses collaborations : cosmétiques pour Nivea, packaging pour Canderel, machine à laver pour Vedette, têtes de lit pour Treca, sans oublier la sublimissime collab’ avec Coca-Cola Light (et j’en passe!). Pour les fêtes, vous pourrez également trouver des boules de Noël signées Chantal Thomass chez Tati. La créatrice participe également beaucoup à des oeuvres caritatives, les causes lui tenant le plus à coeur étant celles touchants les femmes et les enfants. Elle a récemment créé une poupée pour l’opération « Frimousses de créateur » en collaboration avec l’UNICEF. Quand on lui demande si elle n’a pas peur que ces collaborations à répétition ne nuisent à son image haut-de-gamme elle répond simplement que non, qu’elle accepte les projets qui lui parlent, qu’elle adore découvrir de nouveaux métiers et que quoi qu’il arrive elle exige d’être maître de la communication pour chacun de ces partenariats.

chantal thomas collaborations canderel tati treca coca cola light unicef

 

 

Quand on lui parle de marketing, Chantal Thomass nous dit qu’il a été son ennemi pendant des années. « Je ne suis pas une femme d’affaire, je suis une créatrice ». D’après elle, le marketing doit accompagner le créateur dans sa démarche, et non pas lui imposer une stratégie. Malgré tout, elle se dit aujourd’hui très contente de l’équipe qui l’entoure, avec laquelle elle travaille main dans le main.

S‘il lui restait un rêve, Chantal Thomass aurait adoré faire des pièces de haute couture, pour la perfection et la beauté du fait main. Concernant le prêt-à-porter, bien qu’elle en parle avec nostalgie, la page est définitivement tournée. « Je ne reprendrai jamais. Cela m’a rendu très triste, mais maintenant j’ai arrêté depuis trop longtemps. Néanmoins, je regretterai toujours le stress des défilés ». Enfin, Chantal Thomass adorerais faire une capsule Nespresso, si toutefois on le lui proposait… À bon entendeur!chantal thomass master class mmmm marseille villa méditerranée

Pour terminer cette article, j’aimerais remercier la MMMM de nous avoir permis de rencontrer et de partager avec une grande professionnelle de la mode telle que Chantal Thomass. Quant à vous je vous dis à très vite (j’espère!).

Kisses 

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